Jan 16

L.A. Jaccottet, “Sois tranquille”

Jaccottet, L’Effraie, « sois tranquille »

Eléments pour une intro :
-Ce poème est le dernier du groupe de cinq sonnets qui ouvrent L’effraie.
– Sonnet irrégulier (cf. les rimes)
– Sonnet lyrique
– Méditation sur la mort, le temps qui passe, la poésie et l’amour.
– Reprise du poème de Baudelaire « Recueillement »

ID I : La mort est une puissante réalité dont l’amour lui-même ne peut triompher.
IPP1 : L’amour est un potentiel opposant de force.
IA 1 : L’amour a quelque chose d’apaisant : il est caractérisé par la douceur.
Ex 1 : polyptote « douce » (8), « doux » (9) renforcé par le rejet de « doux »
Ex2 : allitération en chuintante « bouche » (7), « étanche »(7) , « bouche » (8)
IA 2 : De plus, il évoque le plaisir, la passion.
Ex 1 : L’être aimé est présenté, comme dans les blasons, de manière synecdochique : bouche-bras – cheveux
Ex 2 : L’oxymore « cris doux » (8/9) traduit les cris du plaisir amoureux.
Ex 3 : L’épithète « brûlante » dans le syntagme « la brûlante obscurité » est une métaphore de la passion, du feu de l’union charnelle.
IA 3 : Enfin, l’amour est une force.
Ex 1 : L’amour est présenté est comme une sorte de fontaine miraculeuse : « qui étanche la pire soif » (7/8)
Ex 2 : Force de l’étreinte
 « tu serres avec force le nœud » (9)
 Le chiasme « la douce bouche avec ses cris doux » (8/9) traduit l’entrelacement.
Ex 3 : L’amour est tellement puissant qu’il brise la « solidarité des strophes » (Jakobson) : il est évoqué dans 5 vers (7 à 11), en enjambement = « à cheval sur le 2° quatrain et le 1° tercet. Or, dans un sonnet classique, les quatrains et les tercets sont des unités distinctes. Ici, l’amour est tellement puissant qu’il les réunit.

IPP 2 : Toutefois, l’amour est incapable de triompher de la mort toujours en mouvement.
IA 1 : L’amour est une puissance invincible.
Ex 1 : // de cst avec anaphore interne de « même quand » (7 et 9) ; d’ailleurs à la répétition de « même quand » répond la répétition de « elle vient ».
Ex 2 : On ne peut pas l’éviter car on ne connait pas son « itinéraire » : « Dieu sait par quels détours » (12)
IA 2 : La mort est une marcheuse infatigable
Ex 1 : Isotopie du mouvement = allégorie de la marcheuse infatigable : polyptote « viendra » (1), « vient » (12-14)
Ex 2 : Rime sémantique « fin » (2)/ « chemin » (4) = la mort est constamment en route
Ex 3 : « qui ne s’arrête pas en chemin » (4) = relative explicative : « parce que »
Ex 4 : Elle est infatigable : vers 5/6
IA 3 : La mort est inéluctable : elle ne peut pas ne pas venir.
Ex 1 : Un des sens possibles de « tranquille » (1) = « sois certain ! »
Ex 2 : Le futur de « viendra » (1)
Ex 3 : elle est toujours plus proche : passage du futur (1) au présent (12-14) + anaphore de « elle vient » (12-14)
Ex 4 : La rencontre avec la mort ne peut pas ne pas avoir lieu car elle procède d’un double mouvement
 « tu te rapproches, tu brûles » (2/3) = lexique + parataxe
 Rime semi-équivoquée : « te rapproches » (1) et « sera proche » (3)
ID II : Ce poème est une méditation poétique et lucide.
IPP 1 : Il s’agit d’une méditation poétique.
IA 1 : Une méditation lyrique
Ex 1 : thèmes traditionnels du lyrisme, comme l’amour, le temps qui passe, la mort
Ex 2 : Enonciation ambiguë
 Certes, un poète-locuteur qui s’adresse au lecteur = la présence de l’interlocuteur est perceptible par l’emploi de la 2° pers., sg ou pl. : « tu »/ « te » (7 occurrences), « ta » (1 occurrence), « vous » (1 occurrence), « vos » (2 occurrences)
 Mais cet interlocuteur n’est pas identifié = interlocution du poète avec lui-même = dialogue, méditation
IA 2 : Un art poétique
Ex 1 : la « persona » du poète
 Un être double qui se regarde et s’analyse (je/tu)
 Un être modeste : il ne possède pas la science divine (11)
 Un conseiller lucide : impératifs : « sois » (1), « ne crois pas » (5)
Ex 2 : La conception de la poésie : la poésie se plie à la mort comme l’amour
 « car le mot qui sera…mort » (2 à 4) : Jaccottet rapproche l’écriture poétique et le cours du temps (il inverse la vision traditionnelle selon laquelle l’écriture suspend le temps et permet de gagner l’immortalité).
 Effet de dramatisation pour 2 raisons :
1) Le temps serait réduit à celui de l’écriture/lecture d’un poème
2) Rejet du syntagme « du poème » =dét. art. défini contracté => et si le poème en question était celui-ci ? => le dernier mot de ce poème serait proche de notre mort (d’ailleurs, c’est le mot « vieux » !).

IPP 2 : Ce poème est un poème lucide qui traduit le fait que l’homme n’est pas tranquille face à la mort, ce qui est traduit par le fait que le : lecteur n’est pas tranquille à la lecture du poème ; celui-ci le déstabilise.
IA 1 : Il est perturbé par un jeu de ruptures dans la correspondance mètre-syntaxe
Ex 1 : rejets : « tu brûles » (2), « du poème » (3), « de ta mort » (4), « doux » (9)
Ex 2 : contre-rejet : « Tu te rapproches » (1)
Ex 3 : Non correspondance syntaxe/strophe : La 4° phrase, très longue, s’étale du vers 7 au vers 14.
IA 2 : Le lecteur est également déstabilisé par des fantaisies verbales. Il n’est pas sûr du sens qu’il faut attribuer aux mots/ expressions.
Ex 1 : « tranquille » (1) : 1) apparemment, une antiphrase car l’idée d’une mort qui arrive fait tout sauf tranquilliser l’homme
2) = sois certain
3) = reste tranquille ; rien ne sert de s’agiter, de toute façon, elle viendra !
Ex 2 : le polyptote « brûles » (2), « brûlante » (11)
 « brûles » = volonté de dédramatiser, jeu de cache-cache
= tu es consumé !
 Idem pour « brûlante » (11)

Conclusion :
Loin de se poser comme oubli ou déni de la mort, la poésie est « voix donnée à la mort ».

Nov 29

Examen n°1

Je souhaite bon courage à tous mes élèves de Première qui débutent l’examen n°1 demain !

Dec 20

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